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Comment sensibiliser les salariés du bâtiment au développement durable

Published 16th Mar 22 - by frederiquejosse

Développement durable : comment sensibiliser les salariés du bâtiment ?

 

Dans la société, comme en entreprise, le développement durable est désormais une priorité. Mais pour agir collectivement, il faut que chacun bénéficie du même niveau d’information. La clef de voûte réside donc dans la sensibilisation à cet enjeu majeur. Deux acteurs du secteur expliquent comment ils ont fait de ce sujet un incontournable au sein de leur organisation.

 

 

Faire du développement durable une volonté politique

 

Fabrice Bonnifet, directeur développement durable & Qualité, Sécurité chez Bouygues France

“Inutile de sensibiliser vos salariés si vous n’avez pas de volonté politique d’impulser ce sujet au niveau de la direction générale. S’il ne se passe rien dans les faits, l’effet sera contre-productif. Vos équipes seront déçues et frustrées. Mais si cette condition est remplie, l’étape d’après est de faire monter en compétences les employés, de manière générique et plus spécifique, selon les profils”.

 

S’adapter aux nouvelles exigences RE2020

 

Christophe Cougnaud, fondateur et CEO de Cougnaud CONSTRUCTION

“Nous avons profité de la création de notre Campus qui regroupe toutes les fonctions opérationnelles de la branche Construction du Groupe, comme territoire expérimentateur de la RE2020. Outre un bureau d’étude dédié à ce sujet, nous avons aussi réduit de 75% notre consommation d’électricité par rapport à 2021 et amélioré notre empreinte carbone. Nous avons favorisé une ossature bois pour les murs et du béton décarboné pour les planchers. On travaille aussi, désormais, avec de l’acier issu de filières recyclées. Tout cela nous amène à produire avec un niveau d’exigence supérieur”.

 

 

Utiliser les bons supports

 

Fabrice Bonnifet

“Pour sensibiliser, il faut utiliser les bons supports. Il en existe beaucoup aujourd’hui. Nous utilisons la Fresque climat et la Fresque biodiversité, celle du numérique et de la construction, des outils collaboratifs pédagogiques très intéressants pour sensibiliser à ces sujets. Attention à bien accompagner vos salariés sur le volet solutions, car ce sont des ateliers qui font parfois ressentir une certaine colère aux salariés, qui se sentent impuissants face aux problématiques exposées. Je recommande aussi le MOOC que le C3D a réalisé avec 6 réseaux partenaires, elle est qualifiante et permet, en 5h00, de comprendre comment transformer l’entreprise pour l’adapter au monde de demain. Les salariés du secteur construction bénéficient de formations MOOC et e-learning spécifiques sur la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) en immobilier et en infrastructure : quel impact sur la conception, l’achat, les mesures, etc. Enfin, pour les cadres supérieurs, directeurs et au-dessus, nous avons monté un module “prospérité sans carbone” en partenariat avec des écoles de commerce. Enfin, dernier outil très utile : les réseaux sociaux internes et externes, Linkedin, Slack, Sharepoint, pour partager toute l’information qui sort sur le développement durable”.

 

S’appuyer sur les démarches RSE

Christophe Cougnaud

“Les démarches RSE nous ont obligé à monter en compétence sur le développement durable et à prendre le virage de l’éco-responsabilité, à travers de nombreux cas pratiques, qui sont les meilleurs ambassadeurs du développement durable. Dès l’année prochaine, nous devons fournir 20% des matériaux du développement durable.  Cela nous force à sonder nos fournisseurs sur l’état des lieux de leur production. Nous leur envoyons des audits et des questionnaires, pour nous assurer qu’ils respectent nos besoins. Cela nous pousse aussi à agir en interne. Par exemple, nous avons créé des badges nominatifs pour l’utilisation des photocopieurs, afin de limiter notre consommation de papier. Nous avons ainsi déjà économisé 30% de papier par rapport à il y a trois ans ! Nous avons aussi installé une dizaine de ruches et acheté des vélos pour faciliter les circulations douces entre nos différents bâtiments, basés en Vendée. Nous préparons actuellement une charte éthique à partager à nos acheteurs, commerciaux et collaborateurs, dans laquelle nous aborderons, évidemment, la question environnementale. 85% des déchets que nous traitons sont recyclés et on vise encore à s’améliorer, y compris sur nos chantiers. Pour nous accompagner, nous avons choisi la plateforme Ecovadis. Cela nous permet aussi d’avoir un réel suivi de nos actions et de les monitorer”.

 

Mettre en place des indicateurs de suivi

 

Fabrice Bonnifet

“Aujourd’hui, la data permet de nous assurer du bon suivi des formations obligatoires. Les nouvelles technologies permettent aussi d’avoir une analyse en temps réel des outils performants pour améliorer notre écoresponsabilité. Nous utilisons par exemple un logiciel d’intelligence artificielle (IA), Abbyy, pour comparer les meilleures pratiques RSE et business de notre écosystème, afin de faire évoluer nos pratiques vers ce qui se fait de mieux sur le marché. Nous adhérons aussi au modèle de management d’excellence européenne EFQM®, qui aide les organisations à conduire le changement. Tout cela nous permet de savoir quelles sont les entreprises les meilleures en en gestion des déchets, en process écocirculaires, en marketing responsable. Nous voulons comprendre pourquoi elles sont les meilleures et voir ce que nous pouvons ensuite améliorer dans nos propres process pour nous améliorer rapidement”

 

 

Utiliser le hors-site comme levier écologique

 

Christophe Cougnaud

“Cette filière industrielle est en avance sur la notion de durabilité, par rapport à la construction traditionnelle. Les conditions ne sont pas les mêmes en usine que sur un chantier !”.

 

Fabrice Bonnifet

“Le hors-site résout 100% de nos problèmes de réemploi des matériaux, de productivité, de sécurité, de nuisance sur le chantier, de coûts par la standardisation, de problèmes de délais… Il permet de construire de manière qualitative tout en réduisant l’accidentologie, le gaspillage. Pour moi, il n’y a que des avantages, y compris en termes architecturaux. Je pense qu’il demeurait encore une opposition structurelle des architectes et des constructeurs n’ayant pas encore investi le numérique. Mais cela va s’imposer, avec la démocratisant des plateformes numériques. Il y a un vrai changement de paradigme. Comme disait Victor Hugo, “On ne résiste pas à une idée dont l’heure vient d’arriver”.