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Les petits génies du modulaire : portrait d’Alain Bejean, président de T&H

Published 30th Août 21 - by frederiquejosse

LES PETITS GÉNIES DU MODULAIRE, ÉPISODE 2 : PORTRAIT D’ALAIN BEJEAN, PRÉSIDENT DE T&H

Vous voulez connaître les secrets des success story du modulaire à la française ? Cet été, le campus Hors-site vous emmène dans les coulisses de deux entreprises qui font figure d’exemples dans ce secteur prometteur. Pour le second épisode de notre saga, Alain Bejean, président de T&H Technologies et Habitats, explique comment il s’est servi des valeurs industrielles pour monter un projet ambitieux.

Faire de l’habitat bas carbone pour tous

Tout petit déjà, Alain Bejean cultive un appétit de faire grandir un projet. À 14 ans, son père agriculteur le charge d’élever et de vendre une centaine de volailles, avec le petit pécule qu’il lui alloue.

 Cette expérience marque définitivement son ADN et pousse cet amoureux de la nature à faire l’École centrale de Paris. Au sortir de cette grande école, il renoue avec une autre passion : la montagne. Chez Salomon, la célèbre marque haut-savoyarde d’articles de sports et de loisirs, il apprend à faire évoluer une marque. Remarqué, il est débauché par le nouveau président de Somfy, spécialisée dans la motorisation de l’habitat.

 Comme directeur général délégué au développement, Alain Bejean aide à faire grossir la société de 300 à 900 millions d’euros. Considérant que le groupe arrive à maturité, il aspire à un projet plus personnel. En 2014, un dîner avec Didier Goy, qui a dirigé pendant 15 ans une entreprise d’importation et de distribution de composants bois, fait germer l’idée d’investir le hors-site. De cette « rencontre entre deux montagnards », deux entrepreneurs affolés de voir la nature qu’ils aiment tant s’abîmer, naît une folle ambition de « faire de l’habitat bas carbone pour tous » .

Créer des maisons agréables et confort

En fin connaisseur des méthodes industrielles, Alain Bejean sait que la seule manière d’éroder les 15% de surcoût d’un habitat bois est « d’aller chercher dans les gains de productivité et d’efficacité d’une activité… qui n’a, du reste, pas connu de gain de productivité en 20 ans ». Un pari complexe relevé par ce duo de passionnés, partisans de méthodes radicales. « Nous avons importé 90% des travaux de construction pour les remettre en contexte industriel d’usine. Notre seule solution était alors de fabriquer des blocs de bâtiments entiers intégrant tous corps d’état, capables de se reconnecter facilement sur site. Mais si les coûts doivent être maitrisés, hors de question de transiger sur la qualité. « Nous voulions des maisons dans lesquelles on aurait envie de vivre, avec des finitions impeccables ». Hors de question, aussi, de priver les architectes de leur liberté créatrice.

 Il faut 4 ans et demi de recherche et de développement à ces acharnés pour aboutir à une technique spécifique. Un « tutoriel de conception », sorte de « jeu de légo TH », décrit Alain Bejean, où tous les modules sont prédimensionnés, afin de maitriser les coûts et les stocks. Dans ce référentiel, contrairement à beaucoup de modus opérandi du hors-site, où un module = une pièce, le lego TH assure à l’architecte une souplesse de conception. Ainsi, si les composants et les modes opératoires sont identiques, « sur les centaines de modules créés depuis 6 ans, pas un n’est identique ! ». Les constructions sont par ailleurs basées sur un système de poteaux poutres, avec des murs non porteurs et une technique sèche, assurant un habitat fini de grande qualité sans carrelage ni faïence. Ajouté à un bataillon de techniques de finition ayant pour objectif d’effacer toutes traces de fabrication et à un système de connectivité numérique, il y a là de quoi, s’enorgueillit à raison Alain Bejean, proposer des habitats de qualité supérieure. « Nos salles de bain, c’est du 4 étoiles ! Elles sont en bois, stratifié ou mélaminé, sur une base de MDF. Donnez un coup de batte de baseball, ça ne bougera pas ! ». Enfin, avec leur excellente étanchéité, ces habitations sont quasi passives.

Un marché porteur et prometteur

Ouvier en train de faire les finissions dans un module de construction volumétrique 3D

L’entreprise construit exclusivement pour le BTOB (promoteurs et bailleurs sociaux), sur des programmes de 5 à 30 logements environ, du R+3 à la maison. Le fameux « petit résidentiel », qui rebute les entreprises générales. Pourtant, ce marché présente un énorme potentiel, car il faut construire 80 000 logements par an en France. Preuve que le secteur est porteur, TH a triplé son carnet de commandes chaque année et lancera une vague importante d’embauches dès l’automne. Car c’est là l’autre cheval de bataille des associés : l’impact social. « Nous avons notre propre école de formation en interne, par laquelle nous intégrons et formons des personnes non qualifiées. Nous cherchons des gens qui ont des habiletés plus que des compétences. Nous ambitionnons vraiment de participer à la réindustralisation des territoires et à l’intégration des personnes éloignées de l’emploi. »

Bref, la petite entreprise d’Alain Bejean et Didier Goy ne connaît pas la crise. Mieux, elle se prépare à une « hypercroissance ». Mieux encore, se réjouit Alain Bejean, on est à l’aune d’une « nouvelle filière industrielle ». Et il y aura de la place pour tout le monde… À condition de travailler de manière industrielle, avec tout l’ADN qui le caractérise. On vous avait bien dit que le hors-site avait le vent en poupe…

A lire sur le même sujet : LA CONSTRUCTION DES POSSIBLES

Le questionnaire de Proust :

Quelles sont les qualités requises pour réussir dans le modulaire ?

Celles issues de l’industrie : précision engagement, rigueur, maitrise, anticipation, productivité.

De quelle réalisation êtes-vous le plus fier ?

Mon équipe, des jeunes talentueux, attirés par les mêmes aspirations environnementale et sociale, avec des valeurs profondes.

Quel est votre rêve pour l’avenir ?

Participer à la mise en place d’une nouvelle filière industrielle française, non délocalisable, avec la capacité de proposer des emplois de qualité, stables et durables, à des personnes éloignées de l’emploi et de construire des bâtiments bas carbone, tout en répondant à la demande forte de logements.

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ?

Participer à la création d’une filière à fort impact environnemental et social.

Article par Frédérique Joss