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Quelles formations professionnelles pour les nouveaux métiers du BTP ?

Published 19th Avr 21 - by frederiquejosse

 

Nouveaux métiers du BTP : quelles formations professionnelles ?

À l’heure où la planète entière tente de dessiner le monde de demain, le BTP, lui-aussi, opère sa mue. La construction, telle qu’elle existe depuis l’après-guerre, se veut désormais moins gourmande en énergie, plus sécuritaire et efficiente. C’est tout l’enjeu de la construction hors-site, qui apparaît comme l’un des axes important du BTP 4.0. Mais pour transformer un secteur d’activité aussi vaste que le bâtiment, encore faut-il former ses troupes.

 

C’est l’histoire d’une métamorphose. Une double métamorphose, même. L’univers de la construction fait aujourd’hui face au défi majeur de la transition numérique et énergétique. « Longtemps, notre secteur a été assez artisanal, explique Karim Beddiar, ingénieur et responsable régional recherche et innovation au Cesi. Jusqu’à ce que nous soyons rattrapés par les progrès technologiques et les problématiques de productivité, dans un contexte de lutte contre le réchauffement climatique. Nos bâtiments se doivent aujourd’hui d’être plus durables et plus résilients ».

En effet, dans un pays où domine encore le tout béton, la RE 2020, réglementation qui régira les performances environnementales des bâtiments neufs à partir de l’été 2021, a sérieusement secoué le cocotier du BTP. Les objectifs ? Diminuer l’impact carbone des bâtiments, poursuivre l’amélioration de leur performance énergétique en utilisant très largement matériaux plus vertueux comme le bois et les matériaux biosourcés, ou encore garantir la fraîcheur du bâti. Autant dire un chantier colossal, car ces nouvelles normes concerneront, selon le Gouvernement, un quart du parc français d’ici 2050. « Il y aura un monde d’avant et un monde d’après la RE 2020 » a d’ailleurs résumé Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, lors de présentation de la nouvelle réglementation environnementale.

Parallèlement à ce combat énergétique, les bijoux high-tech, comme la maquette numérique en trois dimensions, le BIM, la robotique permettent, ajoute Karim Beddiar, « une fluidité dans les collaborations entre différents acteurs de la construction et une certaine agilité dans les projets. »

Des enjeux industriels et sociaux

Au-delà de la technologie pure, de nouvelles méthodes issues de l’industrie peuvent aussi améliorer la productivité et la qualité des constructions, telles que le lean manufacturing, ou encore le DfMA, le Design For Manufacturing and Assembly. « C’est pour accompagner ces transitions majeures – environnement et numérique – que sont apparues de nouvelles méthodes de construction inspirées du monde de l’industrie comme le hors-site », indique l’ingénieur, co-auteur d’un ouvrage sur le sujet. La construction modulaire est en effet considérée comme l’une des clefs de voûte de cette petite révolution. D’autant qu’elle participe aussi à recruter une main-d’œuvre peu qualifiée et à réindustrialiser le territoire, deux axes essentiels du plan de relance lancé par le Gouvernement à la rentrée 2020, suite à la crise économique consécutive à la pandémie de Covid-19.

 

Bien se former pour se préparer au BTP de demain

Mais pour réussir cette mue, encore faut-il que les acteurs du secteur comprennent ces nouveaux enjeux et qu’ils en maitrisent les instruments. « Si l’on veut impulser cette nouvelle culture industrielle et numérique, nous avons besoin de former les élèves dans les écoles d’ingénieurs, mais aussi de faire monter en compétences les salariés déjà en poste », souligne ainsi Karim Beddiar.

Un constat que partage Adrien Brozek, ingénieur de formation, qui a lui-même fait les frais de ce manque de connaissances lorsqu’il a commencé à travailler dans l’entreprise de construction modulaire créée par son épouse. « Quand on construit un bâtiment, explique-t-il, il faut avoir une vision d’ensemble sur de nombreux domaines : la conception, l’architecture, l’électricité, le chauffage, le transport, l’urbanisme… ». Il a d’ailleurs lui-même repris les études pour maitriser au mieux tous ces processus de fabrication liés à la puissance informatique (codes, algorithmes, design by data, impression 3D, robotique…).

Compétences techniques et « soft skills »

Pour l’entrepreneur, il est donc primordial, aujourd’hui, d’améliorer la formation initiale et continue des ingénieurs, mais aussi des architectes, des designers et de l’ensemble des métiers de l’immobilier et de la construction. « Pour concevoir au mieux des bâtiments avec les contraintes architecturales et environnementales actuelles, il faut que nous utilisions les outils numériques mais aussi que nous puissions aller au bout de la production industrialisée ». Et, en tant que DG, Adrien Brozek estime indispensable de proposer des mises à jour régulières à ses salariés, notamment via le e-learning.

Toutefois, souligne Karim Beddiar, qui constate auprès de ses étudiants une véritable conscience environnementale, il s’agit aussi de travailler sur les « soft skills », les fameuses compétences sociales : travail en équipe, intelligence sociale et situationnelle, autonomie, apprendre à apprendre.

« Aujourd’hui, conclue l’ingénieur, « former aux nouvelles technologies et techniques ne suffit pas. À l’ère du numérique, qui évolue extrêmement vite, il faut être capable de s’adapter rapidement aux changements mais aussi susciter le désir d’évoluer face à des enjeux qui impliquent de révolutionner culturellement tout un secteur ».

Par Frédérique Josse